CONCLUSIONS

Cette année représente pour moi la 50ème année où j’officie comme juge d’exposition. Durant tout ce temps, j’ai jugé dans de nombreuses expositions canines, non seulement dans toute l’Europe mais également en Australie. Je dois avouer qu’il me fut très rarement donné l’occasion de vivre une exposition qui, dans tous les domaines, fut organisée et réalisée avec autant de précision et de manière parfaite comme le premier clubshow du Club Suisse du Continental Bulldog. Sous de telles conditions, juger des chiens ne peut être qu’un plaisir, d’autant plus que le comportement des exposants était très correct.
Par contre, la présentation de nombreux sujets laissait à désirer. Ce phénomène était dû naturellement au manque d’expérience des présentateurs ainsi que des chiens. Améliorer cette situation relève bien sûr du devoir impératif du club, pour autant que les propriétaires de chiens y participent activement.
Des 60 Continental Bulldog inscrits, 56 étaient exposés ce qui, pour une race en plein essor, était un chiffre vraiment très représentatif. Le bilan de la qualité des chiens présentés était particulièrement positif, surtout en ce qui concerne la jeune génération qui se présentait de façon nettement meilleure que les aînés. Sur les 15 sujets exposés en classe « puppy » et « très jeune », 11 obtenaient de ma part le qualificatif « très prometteur » et 4 le « prometteur », ce qui signifie que ces derniers aussi remplissaient à un très bon niveau les exigences du standard. Ceci prouve que la sélection très stricte en matière d’accouplement des géniteurs est conforme au code de typicité et remporte le succès escompté.
Aux 41 Continental Bulldog des classes plus âgées, j’ai distribué 6 « Excellent », 25 « Très bon » et 10 « Bon », ce qui veut dire que tous les chiens remplissaient de façon suffisante aux exigences du standard, ce qu’il faut considérer comme un succès. Les chiens ayant obtenu la qualification « Bon » furent contraints de quitter le ring uniquement du fait qu’ils ne pouvaient participer au classement. Malgré tout, eux aussi disposaient sans discussion de bonnes qualités.
Que le même juge puisse attribuer parfois un qualificatif différent à un même chien relève souvent de la forme du jour de ce dernier. En plus, je dois souligner qu’entre « l’excellent » et le « très bon » existe une différence minimale. Il est toutefois du devoir du juge de mentionner aussi les petits défauts. En particulier, chez une nouvelle race en pleine évolution, l’accumulation des défauts doit être évitée à tout prix et ceci n’est possible que si des informations précises sur le chien sont à disposition.
Il serait faux de ne citer que les succès obtenus jusqu’à maintenant car, dans l’évolution future de l’élevage, de nombreuses tâches sont attendues encore en matière de taille, hauteur à partir du sol, bon positionnement et angulations, ainsi que de la forme de la tête et en particulier d’une mâchoire parfaite. Nous pouvons être satisfaits surtout en ce qui concerne le caractère. Sans exception, tous les chiens présentés, bien que disposant d’un tempérament différent, étaient aimables et de caractère solide.
Ce fut pour moi un plaisir et je me sens très honoré de pouvoir lire dans le catalogue d’exposition quel fut mon parcours cynologique et qu’il faisait état également de « mon » Continental Bulldog. Je voudrais toutefois ici expressément corriger que d’autres personnes du monde cynophile ont participé dans une grande mesure à la « création » de cette race, en particulier Madame Imelda Angehrn, l’initiatrice de ce projet, ainsi que du Dr. h.c. Hans Räber.
Il est agréable de constater qu’il existe aujourd’hui la nouvelle race suisse « Continental Bulldog » et il est de notre devoir de faire de notre mieux afin de participer à son évolution, ceci dans la mesure de nos possibilités. Dans cette optique, je voudrais apporter quelques réflexions à un scepticisme encore fortement répandu dans de nombreux endroits qui pose la question de savoir s’il est nécessaire et opportun de créer une nouvelle race alors qu’il en existe déjà de tellement diverses et nombreuses.
A mon avis, cela n’est pas seulement nécessaire mais représente une certaine obligation de notre part comme celle des générations cynologiques futures. La cynophilie n’est pas une affaire réglée mais une cause vivante qui doit constamment évoluer.
Comme nous créons aujourd’hui le Continental Bulldog ont été « inventés » au 19ème siècle le Dobermann et le Leonberg ; dans la première partie du 20ème siècle le Jagd-Terrier et dans la 2ème partie le Terrier tchèque, le Chien-loup tchéquoslovaque, le Kromfohrländer et l’Eurasien. En ce qui concerne la création des 4 dernières races invoquées, j’étais moi-même confronté dès le début à leur évolution et au scepticisme de leurs détracteurs. Aujourd’hui, elles font partie de la nomenclature de la FCI et sont des races très appréciées.
Le bien-fondé de développer le Continental Bulldog repose sur le fait qu’actuellement n’existe pas de race de type bulldog de taille moyenne, facile d’entretien et possédant une excellente santé, pouvant offrir les meilleures dispositions convenant à un chien de famille et de sport idéal.
Réflexions concernant
le premier Clubshow

Premières impressions :
Tous les chiens étaient particulièrement agréables et sociables, se laissaient sans autre caresser ; je n’ai trouvé aucun chien peureux ou agressif, ni même constaté des altercations entre mâles. Le but en matière d’élevage d’obtenir « un chien sociable sous tous rapports » a été obtenu sans doute chez le Continental Bulldog.
Ce fut une chaude journée d’été. Vers 15.00 heures, le thermomètre indiquait à l’extérieur une température de 29,5 degrés, dans la halle il fallait compter avec 2 à 3 degrés de plus ; malgré cela, à l’exception de 3 sujets, aucun chien ne présentait de problèmes de respiration. Au contraire, ils se déplaçaient sans difficulté et sans haleter dans le ring de présentation. Les trois « exceptions » étaient des chiens de type marqué « English Bulldog » qui, si je ne me trompe, ont été considérés par le juge comme atypiques, ne remplissant pas les conditions du standard, et ont été priés de quitter le ring sans obtenir de qualification.
Le but de produire des chiens ne présentant pas de problèmes respiratoires notoires a été obtenu dans une large mesure chez le Continental Bulldog. En particulier, j’ai été frappé de la manière facile dont les chiens se déplaçaient dans le trot. A quelques exceptions près, ils faisaient preuve d’une bonne poussée de l’arrière-main mais sans extérioriser la respiration bruyante de l’English Bulldog ce qui signifie que, dans ce domaine également, il a été mis l’accent de produire « un chien en bonne santé et se mouvant avec aisance ».
Lors de la « création » d’une nouvelle race, il ne fait aucun doute que l’aspect extérieur ne peut être obtenu de façon uniforme dès le départ. En ce qui concerne les races dont l’origine est documentée avec précision (Eurasien, Kromfohrländer, Saarlos et chien loup de Slovaquie, chien de Canaan, etc.) nous savons qu’il faut en moyenne dix générations de sélection très stricte pour obtenir un phénotype uniforme. Pour l’Eurasien (Chow Chow et Spitz loup) ou pour les chiens loup (loup et berger allemand), il fut assez facile d’obtenir un type uniforme ; par contre, pour le Kromfohrländer, ce n’est aujourd’hui pas encore le cas. Le chemin d’un minimum « choix-résistance » est poursuivi et l’on tolère diverses variétés.
Le problème du Continental Bulldog peut être apparenté aux problèmes du chien de Canaan. Pour cette race, les premiers éleveurs, les docteurs Menzel ont dû choisir parmi divers chiens, pour la plupart d’origine inconnue, ceux qui semblaient convenir au mieux à la nouvelle race qu’ils souhaitaient créer.
Il ne faut donc pas s’étonner et ne pas attendre autre chose que de trouver divers types lors d’expositions de club. Les chiens qui remplissaient dans une grande mesure aux exigences du standard se trouvaient actuellement dans une minorité. Toutefois, ceci va se modifier de génération en génération, ce que nous avons déjà pu constater. Les chiens des classes jeunes étaient plus homogènes que ceux présentés dans les classes ouvertes.

Les remarques suivantes ne doivent en aucun cas être considérées comme anticipation du rapport du juge d’autant plus que, à l’extérieur du ring, bien des choses ne peuvent être remarquées qui détermine profondément le jugement.
Pour la plupart des chiens présentés, je regrettais de ne pas trouver les proportions souhaitées du corps (hauteur au garrot – longueur du corps 1 :1,2). Les chiens sont encore légèrement trop longs et disposent donc en partie d’un dos plus ou moins fortement ensellé. Egalement font défaut les proportions hauteur au garrot – profondeur de poitrine = 2 :1, c’est-à-dire pour de nombreux sujets la hauteur à partir du sol est encore insuffisante. Ces proportions influencent fortement l’image générale du chien et doivent encore être améliorées.
De nombreux chiens, et parmi eux les meilleurs, sont au maximum supérieur de la taille. Nous ne voulons pas de « petits boxers » mais un bulldog de taille moyenne qui se situe idéalement à 42 – 44 cm.
La plupart des chiens possédaient un fouet droit ; des queues « cassées » ou même en forme de tire-bouchon étaient rares. Qui croit que la forme de la queue a peu d’importance oublie que cet instrument fait partie de la colonne vertébrale. Une queue estropiée n’est pas seule en cause mais se trouve en corrélation avec des déformations plus ou moins graves des vertèbres lombaires de la colonne vertébrale. Des fouets déformés doivent donc définitivement être condamnés à disparaître.
De nombreux chiens présentaient une arrière-main raide, ce qui faisait que la croupe était surélevée par rapport au garrot et donnait ainsi une image générale désavantageuse du sujet.
Le tronc en forme de « poire », c’est-à-dire la partie étroite du bassin – une des raisons des difficultés de la mise-bas – a par bonheur pratiquement disparu chez le Continental Bulldog ; par contre, chez quelques sujets, la fermeture de l’épaule et la fixation du coude au thorax font encore défaut ; au contraire, des articulations métacarpiennes molles ainsi que des pieds tournés à l’extérieur ne se rencontraient que chez peu de sujets.
L’on pouvait également constater avec plaisir que de nombreux chiens présentaient une encolure puissante, suffisamment longue et une nuque bien arrondie ainsi que peu de fanon ; donc aussi en ce domaine une amélioration est à signaler.
En ce qui concerne les têtes, je ne voudrais ici par prononcer de jugement. En effet, la circonférence de la tête, la denture, les plis de la peau et les yeux ne peuvent être définis à l’extérieur du ring et je laisse le juge décider en la matière. Je peux tout au plus dire que, pour mon goût, encore trop de chiens possèdent un stop trop marqué, qui pourrait être à l’origine de problèmes respiratoires et engendrer un prognathisme inférieur trop important.
Ceci signifie que les éleveurs sont confrontés encore à un problème non négligeable à résoudre. Nous souhaitons rencontrer des chiens avec un prognathisme minimal tout en conservant une largeur du museau typique à la race. Malheureusement, il faut constater que la longueur de la mâchoire supérieure et la longueur de la mâchoire inférieure sont dictées par des facteurs génétiques différents l’un de l’autre, c’est-à-dire une mâchoire supérieure « raccourcie » ne signifie pas que l’on obtiendra automatiquement une mâchoire inférieure plus courte.
Le terme « prognathisme » indique clairement que le chien peut encore être à même de mordre avec ses incisives mais, avec un intervalle de plus de 2 mm entre les incisives supérieures et inférieures, cela n’est plus possible. Un « prognathisme » de 30 mm n’est plus un prognathisme mais une déformation du squelette crânien. Le but est donc d’obtenir un stop bien marqué mais sans incision trop profonde avec un chanfrein droit qui ne doit en aucun cas être trop court.

signé